Marc Boronad présente Albert Camus et Tipasa http://mon-pays-la-bas.skyrock.com/

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ALBERT CAMUS ET TIPASA

Ces premières pages ont été écrites en 1958 et n'ont pas, je le sais, une bien grande valeur.


Tipasa, pour nous, pour moi, c'est d'abord Albert Camus. Albert Camus que ma mère et son frère Antoine avaient tous les deux bien connu lorsqu'ils habitaient le quartier de Belcourt à Alger. Albert et Antoine étaient nés en 1913. Leur jeunesse à tous les trois, on la retrouve et on l'imagine dans L'été à Alger, un essai extrait des Noces ainsi que dans L'étranger, deux œuvres maîtresses d'Albert Camus.

Je me souviens de cette sortie ou longue promenade du printemps à Tipasa. C'était en 1956 ou 1957. Nous étions partis d'Alger tôt le matin et c'est Jean-Claude qui conduisait. Nous étions quatre copains dans la voiture et c'est moi, le plus passionné, qui racontais Tipasa : Ville phénicienne puis romaine qui gardait de nombreux vestiges du passé.
La route : la Pointe-Pescade, les Bains-Romains, le cap Caxine, Guyotville, Staouéli, Zéralda, Daouda, Fouka, Castiglione, Chiffalo, Bou Aroun, Bérard et ses merveilleux platanes aux deux bords de la route et Tipasa. Tant de noms que je prends plaisir à récrire.

Jean-Claude avait garé la voiture à l'ombre, près des ruines. Le printemps est précoce en Algérie et les fleurs envahissaient les jardins. Dans les champs, des pêchers roses et des amandiers tout blancs tendaient leurs branches couvertes de fleurs vers le ciel neuf. Des géraniums généreux illuminaient les jardins ou les bords des fenêtres, les premières roses commençaient à s'épanouir et des capucines qui vibraient dans des tons chatoyants, grimpaient au grillage des clôtures où sur les barrières de roseaux secs. Nous avons emprunté la route qui mène au port, celle qui passe devant le musée.
Le port, j'en garde encore l' image distincte. Sur le bord, des pêcheurs avaient étendu leurs filets. Nous hésitâmes un instant pour passer puis marchâmes dessus puisqu'il n'y avait pas de d'autre solution. Je suis allé au bout de la jetée, me suis assis sur le bord, les jambes pendantes. L'eau était limpide. Je fixais le fond où des petits poissons glissaient. J'étais incapable de les identifier. Le soleil me brûlait la nuque. J'étais bien. Enfant, lorsque j'étais malade, ma mère me disait : « Ne pense à rien. Essaye de dormir ». A ce moment, sur le port de Tipasa, ai-je peut-être appris à ne plus avoir de pensées ? Des garçons bruyants arrivèrent en groupe, posèrent leurs serviettes et plongèrent l'un après l'autre en parodiant les vrais plongeurs.
Nous marchâmes un moment sur la route ardente de soleil jusqu'à l'hôtel du Rivage, montâmes les petits escaliers de pierres usés et arrivâmes aux ruines assaillies d'herbes et de petites fleurs. J'imaginais les maisons, les places, les temples et je m'engageais dans les bosquets, cueillais des feuilles d'absinthe et les écrasais entre mes doigts pour jouer à Albert Camus. Sans lui, sans
« ses » Noces, aurai-je aimé Tipasa comme je l'ai aimé ? Camus est passé au milieu des ruines, s'est roulé dans les absinthes plus de vingt ans avant moi et il avait du talent.
Nous sommes arrivés à la Chapelle Judiciaire et puis au Forum. A gauche le Chenoua et j'ai fait remarquer que Camus voyait la masse noire du Chenoua qui allait s'accroupir dans la mer. Mon petit commentaire est tombé dans le vide. La chaleur nous brûlait les yeux. Sous la lumière éblouissante de midi, là-bas, un parterre de mosaïque prenait par moment des reflets gorge de pigeon. Nous avons allumé une cigarette.
Je ne sais pas, je ne sais plus à quel moment nous sommes arrivés au nymphée, le beau répartiteur d'eau de la ville. Jamais de visite à Tipasa sans voir et revoir le nymphée.
Je ne discerne plus le chemin que nous avions emprunté (je revois, me semble-t-il, une route bordée de bellombras) pour retrouver le village. Nous nous sommes arrêtés au premier café pour nous désaltérer. Nous avons bu nos sodas au comptoir, d'un trait, puis savourant l'ombre et les yeux mi-clos, nous avons épuisé nos pièces de monnaie (c'était des pièces de vingt francs –d'anciens francs-) dans la machine à disque
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J'ai revu Tipasa en 1977.
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ALGER LE CLOS-SALEMBIER de Marc Boronad

aux éditions Alan Sutton collection La mémoire en image.

ALGER LE CLOS-SALEMBIER
Le livre est à acheter ou à commander dans les bonnes librairies. Plus facile encore, le commander aux Editions Alan Sutton 8, rue du Docteur Ramon 37540 SAINT-CYR-SUR-LOIRE. Montant du chèque 19,90 E.





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# Posted on Friday, 20 April 2007 at 1:00 PM

Edited on Sunday, 27 September 2009 at 11:18 AM

Les ruines de Tipasa et au fond le Chenoua

Les ruines de Tipasa et au fond le Chenoua

Albert Camus, "Les Noces"

"Au printemps, Tipasa est habité par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvernes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil."


Photo de Nelly Floirat



Ecoutons encore Albert Camus (La mort heureuse, chapitre IV)
"Après un peu moins de deux heures Mersault arriva en vue du Chenoua. (. . .) C'étair là qu'il allait vivre. Sans doute la beauté de ces lieux touchait son coeur.C'était pour eux qu'aussi bien il avait acheté cette maison. Mais le délassement qu'il avait espéré trouver là l'effrayait maintenant. Et cette solitude qu'il avait recherchée avec tant de lucidité lui paraissait plus inquiétante maintenant qu'il en connaissait le décor. Le village n'était pas loin, à quelques centaines de mètres. Il sortit. Un petit sentier descendait de la route vers la mer. Au moment de le prendre, il s'aperçut pour la première fois qu'on apercevait de l'autre côté de la mer la petite pointe de Tipasa. Sur l'extrémité de cette pointe, se découpaient les colonnes dorées du temple et tout autour d'elles les ruines usées parmi les absinthes qui formaient à distance un pelage gris et laineux. Les soirs de juin, pensa Mersault, le vent devait porter vers le Chenoua à travers la mer le parfum dont se délivraient les absinthes gorgées de soleil."














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# Posted on Friday, 20 April 2007 at 1:08 PM

Edited on Monday, 13 July 2009 at 3:38 PM

Le ou la nymphée de Tipasa.

Le ou la  nymphée de Tipasa.
Je ne sais pas, je ne sais plus à quel moment nous sommes arrivés à la nymphée, le beau répartiteur d'eau de la ville. Jamais de visite à Tipasa sans voir et revoir la nymphée, ce beau sanctuaire consacré aux nymphes.

Dans le très beau recueil Espaces des été de Gabriel Teuler, lisons
: " (...) Ce sont ici les aspects habituels de mes séjours à Tipasa. Mais je crois qu'il n'y a guère de coins ou de moments que je n'y aie connus. Je sais que les grands matins sont délicieux près de la Nymphée, sous un eucalyptus, ou au bord du rocher face au Chenoua."

J'ai connu moi aussi des matins délicieux près de la nymphée. J'aimais arriver très tôt à Tipasa.
Les petits matins face à la mer sans une ride était une véritable délectation.

La photo est de Nelly Floirat. Elle écrit "le" nymphée. L'encyclopédie Bordas donne le nom féminin alors que le Littré nous dit que "quelques-uns le font masculin selon l'Académie". Choisissons !

"O récompense après une pensée... "

Aujourd'hui j'aurais rajouté ces lignes de Montherlant : « Mer où passent des rides, mer soucieuse, mer comme moi déserte et qui éternellement, comme moi, avance sans avancer ». Ah, le talent des autres nous aide souvent à mesurer notre petite taille.
Autant qu'il m'en souvienne, nous sommes arrivés à la Chapelle Judiciaire et puis au Forum. A gauche le Chenoua et j'ai fait remarquer que Camus voyait la masse noire du Chenoua qui allait s'accroupir dans la mer. Mon petit commentaire est tombé dans le vide. La chaleur nous brûlait les yeux. Sous la lumière éblouissante de midi, là-bas, un parterre de mosaïque prenait pour moi et par moment des reflets gorge de pigeon. Nous avons allumé une cigarette. Maudite cigarette dont j'ai depuis longtemps oublié le goût. Aujourd'hui l'odeur du tabac me soulève le coeur.


























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# Posted on Friday, 20 April 2007 at 1:13 PM

Edited on Friday, 19 June 2009 at 11:14 AM

La plage de Tipasa au printemps

La plage de Tipasa au printemps
La plage de Tipasa au tout début du printemps. J'avais eu peur, en partant d'Alger, d'avoir froid au bord de la mer et j'avais mis mon gros loden. Je mesure aujourd'hui le ridicule de ma tenue. Depuis j'ai bien connu le froid de la région parisienne et plus rarement le froid d'Allemagne. J'ai appris à ne plus me couvrir au point d'être engoncé. On s'habitue à tout.
Je mêle ma petite prose à celle de Camus, éblouissante, écrasante. Je jouerai l'humilité.

Je retrouve sur cette photo de gauche à droite Jean-Pierre Salomon, François Cloite et Marcelin Arnaud.



Ecoutons Camus :


"J'ai grandi dans la mer et la pauvreté m'a été fastueuse, puis j'ai perdu la mer, tous les luxes alors m'ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j'attends.J'attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j'admire les paysages, j'applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n'est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m'offense, je m'étonne à peine. Puis j'oublie et souris à qui m'outrage, ou je salue trop courtoisemen et celui que j'aime. Que faire si je n'ai de mémoire que pour une seule image? On me somme enfin de dire qui je suis. "Rien encore, rien encore..."

Camus, écoutons-le encore (La mort heureuse) :
"On était en avril et il faisait une belle matinée de printemps étincelante et froide, d'un bleu pur et glacé, avec un grand soleil éblouissant mais sans chaleur. Près de la villa, entre les pins qui garnissaient les coteaux, une lumière en pure coulait le long des troncs. La route était déserte. Elle montait un peu. Mersault avait une valise à la main, et dans la gloire de ce matin du monde, il avançait parmi le bruit sec de ses pas sur la route froide et le grincement régulier de la poignée de sa valise. "
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# Posted on Saturday, 28 April 2007 at 11:51 AM

Edited on Wednesday, 04 February 2009 at 9:15 AM

Sainte Salsa de Tipasa. La basilique vue par Camus.

Sainte  Salsa de Tipasa. La basilique vue par Camus.


Camus :
"La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais chaque fois qu'on regarde par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l'espace."


Sur l'écran de ma mémoire défilent les images d'un week-end passé à Marengo, à la ferme Lorion, un habituel point de chute pour ma famille, pour moi. Nous avions déjeuné dans la grande cuisine paysane et c'est la mauresque de la maison qui nous avait servis. Mes cousins s'adressaient à elle en arabe. Jean-Claude affirma que les fellaghas venaient toutes les nuits sur les hauteurs de la grande propriété Lorion et qu'elle était obligée de leur servir un repas. C'était connu, même de l'armée. Elle n'avait pas le choix si elle tenait à la vie. Elle jouait sur deux tableaux : elle se dévouait pour les Français dans la matinée et nourrissait les hommes de la rebellion tard le soir.
Nous avions décidé de passer l'après-midi à Tipasa et nous sommes partis dans la vieille Aronde et dans la 2 chevaux qui était presque toujours rangée dans un hangar, en nous serrant un peu. Un jeune lieutenant basé dans la région, passa la journée avec nous. Il ne disait pas les "fellaghas" mais les "fell" ou les "fellouzes". Il ajouta que lorsque les militaires envoyaient un message, le code était "HLL" , traduire Hors la Loi".
Nous étions tous chaussés pour marcher confortablement dans la campagne car la terre n'était pas très sèche. J' eus envie d'aller flâner vers Sainte Salsa et Jocelyne, soeur de Jean-Claude, trouva que j'avais des goûts morbides. Elle a quand même acquiessé et est venue avec nous. J'ai cheminé devant les autres, le nez au vent et nous avons attendu le que ciel s'assombrît un peu pour rentrer.
La route n'était pas longue et l'armée veillait mais nous n'étions jamais à l'abri d'un attentat. Le lieutenant qui nous avait demandé de le tutoyer, n'était pas armé. Autant qu'il m'en souvienne, la soirée avait été pénible pour moi parce que j'avais mêlé dans ma tête les tombeaux de Sainte-Salsa à tous les risques d'assassinat que nous encourions et j'ai senti une révolte monter en moi lorsque j'ai évoqué les rebelles qui se dissimulaient partout, souvent près de nous, confondus à la population arabe dans les villes ou vétus de tenues militaires disparates à la campagne. Cette fois encore, j'ai senti que dans les circonstances qui ne cessaient de nous opprimer, il y avait toujours cette même force qui m'écrasait sans que je puisse m'insurger utilement. Peut-être de façon confuse, j'ai parlé à mes cousins d'Albert Camus qui était contre la peine de mort.
Jean-Claude s'exclama que Camus ferait bien revenir à Marengo et qu'il aurait vite fait de comprendre.
Je me suis tu parce que, à la vitesse de l'éclair, j'ai songé à l'Espagne du siècle passé qui avait été envahie par les troupes de Napoléon, à son frère Joseph bombardé du jour au lendemain roi d'Espagne, à
la lutte armée de civils contre l' envahisseur ou l' occupant, à la défaite de Joseph et de Napoléon. Et si chez nous le même problème se posait ? Le problème de l'efficacité militaire contre une guérilla qui était bon gré malgré efficace. J'avais appris autrefois que les troupes impériales redoutaient d'être envoyées en Espagne, où elles arrivaient déjà minées par la crainte de lutter contre un ennemi invisible. Pour le moment, l'armée française montrait son courage et les officiers leur bravoure, souvent aussi leur audace dans les combats, mais mais mais... Cette guerre ne serait-elle pas sans fin? Ce soir-là, j'avais été bien pessimiste.


« La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu'il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu'on peut. » Albert Camus

Kader, Posté le vendredi 24 juillet 2009 16:41

Merci pour tous les efforts pour nous tenir infomés de Tipasa.
c'est avec un grand plaisir que je lis tout sujet sur Tipasa et ses environs.

Dommage que Tipasa n'est plus le village d'antan, un havre de paix, un village touristique.

Réponse de Marc :
Je vois passer les années et j'ai peur de ne plus revoir "mon" Tipasa. Oui, tu as raison, Kader. Tipasa, un havre de paix et en même temps la porte ouverte au tourisme. Parfois je rêve et je me dis que nous aurions pu rester et nous entendre. Le rêve, le rêve ... Oui, j'ai perdu Tipasa mais il me reste le rêve.

















# Posted on Sunday, 29 April 2007 at 9:48 AM

Edited on Saturday, 25 July 2009 at 12:49 PM